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Le saxophone aurait-il été inventé par un horloger normand ?

le saviez-vous ?



Dans son ouvrage sur la facture instrumentale à l’Exposition de 1889 (1), Constant Pierre* écrit à propos du saxophone :


Quarante ans avant Adolphe Sax...

« Il n’est peut-être pas d’instrument qui, malgré sa création relativement récente, ait autant reçu de modifications que le saxophone, surtout depuis qu’il a cessé d’être le privilège de l’inventeur. La raison en vient peut-être de ce qu’il a été conçu hâtivement ; il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur le brevet de 1846 et l’on verra combien le type primitif est éloigné du principe et de la forme des instruments construits plus tard par Ad. Sax lui-même. Un saxophone d’aujourd’hui n’a plus guère de Sax que le nom, tant il a été modifié et tant il a reçu d’additions des uns et des autres.
Déjà il est prouvé que l’application de l’anche battante à un tube conique ne lui appartient pas uniquement ou du moins qu’il n’est pas le premier qui ait fait cette application, bien que ses compatriotes et panégyristes aient chanté merveille pour cette découverte. Un des derniers instruments acquis [...] pour le Musée du Conservatoire et dont nous avons déjà donné la description établit sans conteste qu’il a été devancé d’une quarantaine d’années par un horloger de Lisieux, nommé Desfontenelles. »


Louis Nicolas Victor Humont-Desfontenelles

Né à Granchamp (Calvados) le 5 décembre 1775 et mort à Lisieux le 7 juin 1843. Horloger et musicien (bassoniste).

Source : Nouvelle biographie normande par Noémi Noire Oursel. Alphonse Picard éditeur, Paris, 1886 (Tome 1, pp. 484-485)


« Ô ironie !... La ressemblance avec le saxophone...

... ne s’étend pas seulement à la forme extérieure, il y a aussi analogie dans la perce qui est conique, bien que le cône du saxophone soit plus marqué. [...] Sur ce tuyau long de 1m25, bec compris, il y a sept trous pour les doigts et douze fermés par des clefs à tampons de cuir. Ce nombre de clés est à remarquer, car les autres instruments n’en avaient alors que cinq ou six au plus, et ce n’est que cinq ans après qu’Iwan Muller* produisit sa clarinette à treize clés.
La priorité de l’innovation appartient donc bien à Desfontenelles. C’est probablement [...] en cherchant à faire octavier la clarinette que M. Ad. Sax a trouvé le saxophone. La même hypothèse peut s’appliquer au facteur normand. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c’est qu’en sus du bec analogue à celui de la clarinette, on retrouve sur son instrument le trou (très élargi) et la clé du pouce de la main gauche qui existent à la clarinette ainsi que deux autres clés disposées à l’extrémité de l’instrument comme celles de mi grave et fa dièse, se prenant également avec le petit doigt de la main gauche. Tout dans sa construction paraît le rattacher à la clarinette et notre conviction se trouverait très probablement confirmée par l’audition, si cet instrument était mis en état d’être joué... »



La clarinette de Louis Desfontenelles se trouve dans les collections du musée de la Cité de la Musique - Philarmonie de Paris (réf.: E.1055).



(1) Notes d’un musicien sur les instruments à souffle humain nouveaux et perfectionnés, par Constant Pierre. Ouvrage orné de gravures et d’exemples de musique. Paris, Librairie de l’art indépendant, 11 rue de la Chaussée d’Antin, 1890, Paris, 313 p. Bibliothèque nationale de France, département des Sciences et Techniques, 8-V-22802.